2  posté le mardi 03 juin 2008 20:06

Je me livre intérieurement bataille pour ne pas laisser s’échapper de mes lèvres un cri désespéré de douleur. Ce monde-là ne doit pas connaître la douleur, il doit être parfait. Au fil des ans, j’ai fini par me laisser convaincre. En même temps que mes idées allaient grandissant, ma personnalité s’effaçait pour ne laisser place qu’à un corps animé par je-ne-sais quelle joie répugnante et fausse. Les régisseurs de nos vies doivent jubiler de me voir si faible face à eux à présent, moi qui, il y a quelques années, perturbait mon entourage avec mes pensées étrangères à ce monde, que j’osais prononcer haut et fort… Espérant que quelqu’un m’entendrait. Espérant que mes cris me sortiraient de mon éventuel sommeil et que ce cauchemar s’achèverait. Aujourd’hui, l’espoir m’a quittée, remplacé par un dégoût permanent de tout. Et je tombe, lentement mais surement dans un gouffre sombre appelé oubli. Pourtant, un trouble m’assaille. Je ne peux retenir mon esprit de haïr cette vie, ou plutôt cette horreur, et de désirer quelque chose de nouveau. Oui, je veux connaître la douleur, les pleurs, la peur. Je veux savoir de quoi sont faits ces sentiments qui font des pantins des Hommes. Je veux les ressentir et savoir les apprécier. Je veux connaître une explosion d’émotions, si fortes qu’elles vous en feraient crever. Je veux sentir mon cœur s’emballer, mon âme hurler de plaisir de vivre. Je veux… Je veux… Je veux…Je veux connaître le Monde, le vrai… Car ce n’est pas le mien. Je vis dans un Monde pourri par l’absolutisme, et dont le faux, le fabriqué et le fade sont les rois.

Je veux sourire parce que j’en ai envie, parce que je ne peux pas le retenir, parce que mes lèvres m’en brûlent de désir… Pas parce que je le dois, parce que mes semblables le font, et que ce Monde ne tolère pas la différence et l’imperfection. N’y a-t-il donc personne ici qui ressent ce que je ressens ? Suis-je donc la seule à être méchamment révulsée à l’idée de suivre un chemin déjà trop emprunté et aux couleurs ternes ? C’est impossible, il y a forcément quelqu’un… Au moins une personne ! RIEN QU’UNE ! S’IL VOUS PLAIT ! Une seule… Ce n’est pas trop demander, si ? C’est humain d’avoir peur de la solitude, non ?... Justement, je ne suis pas humaine. Je ne suis rien. Dans ce Monde, je ne suis rien.

J’y ai cru, un jour… J’ai sincèrement cru qu’il serait cette personne que j’attendais tant. C’est comme ça que nous nous sommes rapprochés, et qu’il est devenu mon meilleur ami. Mais j’avais tort. Il refuse de parler de l’étranger, de l’inconnu, du trépidant. Il refuse d’admettre qu’il ne se passe jamais rien, que nous sommes plongés dans un fleuve continuel de répétitions monotones, et que nous ne pouvons pas même sortir la tête de l’eau pour respirer. Le jour où je m’en suis rendue compte, j’avais le souffle coupé depuis déjà trop longtemps. L’eau commence à me rentrer dans les poumons… Et bientôt je serais morte noyée. Mais ce Monde s’en fout. Il n’entend pas mon cœur crier faiblement au secours, il n’entend pas les appels de détresse que j’envoie, ou que les autres, s’il y en a, peuvent envoyer. Il ne les entend pas ou fait semblant de ne pas les entendre. Il nous ignore, car nous ne sommes que ces objets. Bientôt, les dernières parcelles de mon âme déserteront mon corps, et je serai entièrement à leur merci. C’est tout ce qu’ils attendent, ces salauds.

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