Ils nous regardent. Ils nous observent et se servent de nous, pour leur malin plaisir. Je sais que tout ce qui m’entoure n’est pas réel. Je suis prisonnière d’un Monde auquel je ne veux pas appartenir. Je veux en sortir… Parce que ce n’est pas la réalité. Je dois en sortir. Ce n’était qu’une simple envie. C’est devenu un désir ardent… Et c’est quasiment un besoin à présent. Une question de Vie ou de Mort, dont la réponse ne se résume qu’à trouver une putain d’issue.
Je me passe une dernière fois le visage sous l’eau froide de ma douche pour me remettre les idées en place. Dans quelques minutes, je devrais affronter l’accueil étrangement chaleureux mais dépourvu d’amour véritable de mes parents. Eux aussi sont naïfs. Et je les aime… Mais ils me répugnent. Leurs gestes et leurs attitudes sont calculés. Non pas par eux, mais par les pourritures qui nous dictent tout sur tout. Mes parents se sont laissé prendre. Comme mes voisins, comme mon meilleur ami, comme chaque habitant de cette ville. La solitude m’empoisonne. Je sais qu’ils sont là, quelque part. Alors pourquoi ? Pourquoi suis-je la seule à me rendre compte que tout ça est anormal ? Et si… Si j’étais folle ? Si c’était moi, l’étrangeté de ce Monde ? Une sorte d’erreur ? Je ne peux pas y croire. Je refuse d’y croire. Quelque chose ne va pas, mais cela ne vient pas de moi. C’est différent.
Je m’avance d’un pas lent vers la cuisine, de laquelle émane toujours cette bonne odeur de petit-déjeuner tout prêt. Ca y est, nous y sommes. Le début d’une journée de faux et d’illusion perverse d’un bonheur trop parfait pour être véritable. Je souris aussi bien que je le peux pour ne pas éveiller les soupçons. Je me détruis de l’intérieur, voilà la vérité.
- La princesse de la Maison ! Commence ma mère avec son air joyeux et atrocement faux. Tu as bien dormi ma chérie ?
- Moui.
- Je t'ai fait des crêpes mon ange. Viens vite t’asseoir, Thomas ne va pas tarder, il ne faut pas que tu sois en retard.
- Je sais.
Je réponds avec une voix à peine prononcée, juste ce qu’il faut pour qu’elle m’entende. C’est comme ça tous les matins. Une mère normale verrait que quelque chose cloche, non ? Pourtant la mienne continue de répondre d’une voix chantante, avec son air enjoué tatoué sur la gueule.
- Aller, aller, on se réveille ma Chérie ! Goûte ce festin, tu m'en diras des nouvelles !
Je m’installe à table sans commentaires. La montagne de Pancakes juste sous mon nez m’écœure. Je n’ai pas faim. Ce n’est pas manger, que je veux… C’est sortir de cette fiction répugnante. S’il vous plaît… Je n’en peux plus. Laissez-moi sortir. ! Laissez-moi sortir ! Laissez-moi sortir !
Je pourrais le hurler pendant des heures.









