4  posté le mardi 03 juin 2008 20:25

Je prends une grande inspiration avant d’imposer à mes lèvres de s’étendre dans une grimace plus ou moins souriante et tout sauf crédible. Elle devrait s’en rendre compte, bordel. Pourquoi elle ne fait rien ? Pourquoi est-ce qu’elle reste plantée là à me regarder, plongée dans une sorte de bonheur quasi-comateux ?

J’empoigne ma fourchette, et malgré l’envie fulgurante de me la planter dans la main, histoire de vérifier si je ne dors pas encore ou si je ne suis pas tout simplement en enfer, je commence à engloutir les crêpes de ce cher pantin maternel. Je ne prends que quelques bouchées du plat. Même la nourriture me paraît insipide. Je repose ma fourchette près de l’assiette de porcelaine trop blanche pour être de la vaisselle de tous les jours et regarde ma Mère.

- Merci pour les crêpes, c'était bon.

- Oh, tu ne finis pas ma Chérie ?

- Je n'ai plus faim. Je vais être en retard, je dois y aller.

- D'accord mon Cœur, passe une bonne journée ! Et dis à Tom de passer le bonjour à sa mère !

Je ne lâche qu’un vulgaire « Mmh. » dans un hochement de tête avant de quitter la pièce et d’attraper mon sac dans l’entrée.

- J'y vais.

- Travaille bien ! Me lance la voix trop gaie de ma mère depuis la cuisine.

Je sors sous le porche, ferme la porte et reste une seconde la main sur la poignée, les yeux fermés. Je soupire. Je sais déjà comment va se dérouler cette journée : exactement comme les précédentes. A vivre dans un monde trop morne, je le deviens à mon tour et perd peu à peu les derniers lambeaux de mon âme qui me rattachent encore à la Vie. Je finis par me retourner et j’aperçois Thomas, mon meilleur ami, qui vient me chercher tous les matins pour faire le trajet jusqu’en cours ensemble. Je m’efforce de lui sourire et m’avance vers lui.

- Bien dormi ? Me demande-t-il avec son éternel sourire.

- Peut mieux faire.

- Je vois.

- Ma mère passe le bonjour à la tienne.

Et nous voilà partis vers le Lycée, dans un silence lugubre qui ne devrait pourtant pas planer sur deux amis ainsi. J’adore Tom, mais il n’est pas épargné par le mépris qui emplit mon cœur. Nous sommes faibles. Tous.

Eux, lui, les autres, et moi.

Surtout moi.

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.60) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : 4

Aucun commentaire

 -